Femmes en 2018 : ne nous contentons pas du consentement, exprimons nos désirs !

« Être une femme libérée, tu sais c’est pas si facile », même le 8 Mars 2018. Le consentement est au cœur des débats actuels, mais il est parfois confondu, à tort, avec le désir. Pourtant, ce n’est pas la même chose.

Si nous exprimons notre désir un peu trop fort, notre appétit sexuel ou nos envies, nous pouvons vite nous faire cataloguer, insulter ou nous pourrions même faire peur. Certains hommes mais aussi certaines femmes éprouvent un profond mépris pour les femmes qui montrent ou suggèrent leur désir.

Pourtant, beaucoup d’encre a coulé depuis l’affaire Weinstein, les #metoo ou les #balancetonporc ces derniers mois.
Après des décennies de non-dits, à souffrir chacune de notre côté, une poignée de femmes a eu le courage de dénoncer ce que nous vivons quotidiennement, le harcèlement, la violence, les abus sexuels. Une notion dont on parlait peu avant a fait surface dans le discours politique et social, la notion de consentement.

Le consentement n’est pas le désir

Le Larousse définit le consentement de la façon suivante :

Action de donner son accord à une action, à un projet ; acquiescement, approbation, assentiment

En fait, cette notion est très importante pour qualifier une agression sexuelle, un harcèlement ou un viol. A partir du moment où un individu a exercé une contrainte, une violence ou une menace, on considère qu’il y a délit ou crime (dans le cas du viol).
Le consentement doit en ce sens être respecté.

On alerte, on informe, les hommes doivent respecter le consentement de la femme. Et surtout savoir le reconnaître. C’est déjà une avancée, mais à mon avis loin d’être suffisante. Parce que pendant qu’on est occupé à parler de consentement, on oublie de parler d’une autre chose fondamentale : le désir de la femme. 

La prostituée, dans le cas où elle ne travaille pas sous la contrainte d’un maquereau peut être consentante, elle n’a pas pour autant forcément de désir.
La petite amie ou l’épouse qui accepte un rapport sexuel juste pour faire plaisir à son homme est encore une fois consentante. Éprouve t-elle pour autant du désir ?
Une femme qui coucherait pour obtenir les faveurs d’un homme pourrait être consentante aussi (sauf s’il y a chantage), mais peut-on aussi parler de désir ?

Parler du consentement sans jamais évoquer le désir de la femme, c’est la laisser dans une position passive par rapport à sa sexualité. Pourquoi devrait-elle simplement « accepter », « être d’accord » ? Le désir sexuel n’est-il pas bien plus fort ?

Le Larousse décrit le désir ainsi :

  1. Action de désirer, d’aspirer à avoir, à obtenir, à faire quelque chose ; envie, souhait

  2.  Élan physique conscient qui pousse quelqu’un à l’acte ou au plaisir sexuel

En plus de ne pas être valorisé, le désir sexuel de la femme pose souvent problème.
Si beaucoup respectent le désir de la femme, encore trop de personnes au mieux se méfient d’une femme très entreprenante, au pire l’insultent et la cataloguent tout de suite (voire la violentent).
Les conséquences sont alors désastreuses pour les femmes :

1. Elles sont conditionnées à ne pas exprimer leur désir
– et/ou elles en ont honte
– et/ou alors elles le refoulent
– et/ou elles vont aussi cataloguer les autres femmes

2. Ou alors, elles décident de l’assumer, elles prennent le risque d’être regardées comme un ovni ou harcelées car certains vont considérer que si une femme est capable d’exprimer son désir pour un ou plusieurs hommes, cela signifie qu’elle doit désirer tous les hommes et n’a pas d’honneur.

Pas convaincu(e) ?
Pourquoi beaucoup de femmes se posent la question « dois-je le faire le premier soir ? » même quand elles en ont très envie ? Qui n’a jamais entendu une femme parler d’une autre femme en disant que c’est une pute ? Pourquoi se méfie t-on quand une femme est très directe ?

Alors, parler de consentement, c’est bien, c’est important, je ne dis pas le contraire. Mais peut-être que si nous nous attaquions à la racine du problème, le manque d’éducation à la sexualité, au respect du désir, la question du consentement se poserait moins.

Se poser la question du désir avant celle du consentement

Tout le monde y gagnerait, les hommes comme les femmes. C’est drôle car la plupart des hommes aimeraient bien que les femmes soient plus entreprenantes, qu’elles assument leurs désirs et leur fassent part de leurs envies. Malheureusement, ce n’est pas évident pour nous les femmes pour les raisons évoquées ci-dessus.

Certains hommes aussi semblent souvent ne pas comprendre forcément quand la femme n’est pas tout à fait consentante. Elles ne disent pas non, ne disent pas vraiment oui non plus. Peut-être justement parce que la question qu’on se pose n’est pas la bonne. Voici à mon avis une autre façon d’aborder les choses :

Messieurs, si vous voulez entreprendre quelque chose avec une femme, ne vous posez pas la question « est-elle d’accord » mais plutôt « est-ce que je sens qu’elle éprouve du désir pour moi ? » Sauf que ce n’est pas évident si les femmes ont intériorisé le fait de ne pas trop extérioriser leurs désirs. Alors pour les femmes, lorsque vous avez envie de quelque chose avec un homme posez-vous la question « Est-ce que je lui montre que j’éprouve du désir pour lui ? »

On n’est plus dans le « je suis d’accord » mais dans le « oui, j’ai envie ».

Simplement, ce n’est pas évident si on n’a pas appris à reconnaître et assumer d’abord auprès de soi-même son propre désir.

Éduquer positivement à la sexualité et au désir

Là, on revient dans ce que nous disions dans notre article On ne parle pas assez de sexualité.
Une société où les femmes seraient physiquement respectées et où il y aurait moins d’agressions sexuelles serait avant tout une société où les gens intégreraient dès l’adolescence le sens et l’essence de la sexualité.
En parlant de consentement, ok, mais en parlant avant tout aux femmes et aux hommes d’eux-même. De ce qu’ils ressentent. Leur apprendre à ne plus en avoir peur, à gérer leur désir, avant tout à l’accepter. Car si on ne le comprend pas, on peut en avoir honte et refouler. Et quand il y a refoulement, il y a frustration. C’est malheureusement souvent dans un état de frustration que les agressions se produisent.
Accepter que l’on puisse se faire plaisir tout seul, en fantasmant. Qu’une femme, si elle ressent un fort désir, ait aussi le droit de se masturber. Et que si deux personnes éprouvent du désir l’une pour l’autre, alors il est tout à fait naturel de partager ce désir.

Ne plus avoir peur de son propre désir et de ses propres pulsions pour ne plus avoir peur de la femme qui va exprimer tranquillement son désir à elle.

En fait, c’est chacun de nous, indépendamment de notre sexe ou notre genre, qui devons apprendre le désir, comprendre la sexualité et la vivre pleinement.

Parce que plus chacun s’assumera sans complexe, plus les femmes seront libres. Et inversement, plus les femmes seront libres, plus chacun aura la possibilité de vivre tranquillement et positivement la sexualité.

 

 

 

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