Génération Porno

Le porno est depuis quelques dizaines d’années bien ancré et répandu dans notre société. La démocratisation et l’expansion d’Internet ont fait complètement tomber le rideau rouge, qui n’était autre fois ouvert que par une minorité de personnes et appartenant à une tranche d’âge réduite.

Nous en parlons, en rigolons et nous en regardons bien sûr, mais que sait-on vraiment sur ce phénomène qui, que nous l’acceptions ou pas, modifie petit à petit notre sexualité?

De nombreuses études ont été réalisées ces dernières années et nous ont révélé des faits étonnants quant à la consommation du porno, ainsi que les conséquences surprenantes, parfois alarmantes sur notre vie intime.

Pourquoi regarder du porno ?

La question peut sembler banale mais les réponses sont plus nombreuses que nous l’imaginons.

Déjà, savez vous d’où vient le porno ? Depuis combien de temps il existe? Qui l’a inventé? Drôle de questions je vous l’accorde ! Je me suis moi même surpris en y pensant et encore plus en découvrant les réponses.

Même si la représentation explicite de la sexualité au moyen de peintures, sculptures et autres illustrations remonte aussi loin que l’homme a su exprimer son talent artistique, nous allons nous concentrer dans cet article, sur la vision moderne du porno. Dans un article futur je partagerai avec vous plus de détails sur les origines et influences du porno.

Bienvenue dans les années folles! Les années de l’après première guerre mondiale,  où les maisons clauses donnent naissance aux premiers pornos… Pourquoi faire? Ben pour patienter voyons! C’était un moyen avouons le, assez efficace pour se mettre dans l’ambiance et ne pas laisser un client partir parce qu’il a trop attendu.

Mais aujourd’hui, cent ans plus tard, pourquoi regarde-t-on du porno?

Soyons clairs, c’est une pratique majoritairement masculine, selon l’Ifop¹ en France, environ 80% des hommes contre  20% des femmes déclarent en regarder. Pourquoi cet écart? Parce que l’homme est beaucoup plus visuel. En cherchant sur le web et parlant avec des amis la première raison est claire, c’est pour l’excitation et se faire plaisir. Très souvent pour atteindre l’orgasme, mais pas systématiquement.

Pour certain(es) c’est une manière fictive de « vivre » certains fantasmes, ou pratiques inavouables. Quand une personne regarde du porno et qu’elle est excitée, ce qui change tout, elle est immergée et ressent l’excitation comme si elle y était.
Cependant une majorité le font pour se masturber afin d’atteindre l’orgasme plus rapidement. Ce qui entraîne toute une série de problèmes que nous aborderons un peu plus bas.

Le manque d’activité sexuelle, qu’on soit en couple ou pas, l’ennui dans son couple, la curiosité, le manque d’imagination (pour se masturber), sont des raisons qui, certes moins fréquentes, ne sont pas exclusives entre elles… Il y a aussi une raison toute conne, mais qui n’est pas moins vraie, c’est par habitude!                                                                    Et oui, comme la clope! Imaginez la « pause porno » au boulot ou en cours?

Nous en arrivons au phénomène d’addiction.

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L’addiction au porno, mythe ou réalité ?

Tout d’abord je vais être clair avec vous, on parle ici de consommation soutenue, abusive de porno. Même si une consommation régulière a ses impacts aussi, on peut pas vraiment parler d’addiction.

Il y aurait en France, entre 4% et 6% de personnes « dépendantes » au porno/sexe. Ça parait peu comme ça, mais si je reformulais ça : entre 540 000 et 810 000 personnes si je ne compte que les hommes entre 18 et 55 ans… Ah ben oui, c’est plus facile.

Plusieurs études scientifiques, dont celles du « Journal of sexual medecine2« , « Institut Max Planck3 » ou encore « Jama Psychiatry4 » se sont penchées sur ce « phénomène ». Je mets bien des guillemets, car à l’heure actuelle les études ne l’ont pas prouvé, ni réfuté! En fait elles prennent en compte que certains aspects et un échantillon encore trop faible de personnes, il est plus difficile de trouver des gens qui assument ce genre d’études.              Pourtant elles nous ont apporté certains éléments de réponse

C’est progressif, on ne devient pas addict du jour au lendemain, ça paraît évident. Regarder du porno est devenu chose banale et assumée par beaucoup, on ne s’imagine pas que ça peut nous nuire, mais pourtant quand ça devient une habitude ou un besoin on ne peut plus parler de plaisir, si ?

Le deuxième effet « kisscool », c’est le besoin d’une stimulation de plus en plus forte pour ressentir la même excitation. Repensez au premier porno que vous avez vu dans votre vie, aujourd’hui vous ferait-il encore le même effet ? Vous voyez bien ou je veux en venir…

Ce besoin de chercher quelque chose de toujours plus excitant, de nouveau, amènent  certains à perdre complètement le contrôle, de façon compulsive,  d’y passer des heures, des grosses sommes d’argent, pour arriver à une satisfaction, bien anecdotique.

On est d’accord, le porno n’est pas une substance, mais qui a dit que la dépendance nécessitait une substance physique? Comme certains d’entre vous l’auraient fait dans quelques secondes, je me suis permis de prendre les devants et de demander à notre cher ami Wikipedia la définition de la dépendance :

Addictologie, la dépendance ou addiction est un état où, malgré une conscience plus ou moins aiguë des problèmes liés à une consommation abusive, l’usager n’est plus capable de contrôler sa consommation.

N’avez vous pas remarqué les mises en gardes contre les jeux d’argent ? Pourtant personne n’avale des billets… Enfin, sauf les caisses automatiques des supermarchés!

Peu importe le terme utilisé, qu’il soit correct scientifiquement ou cliniquement, la consommation excessive de porno entraîne des comportements très semblables aux addictions telles que celles à la drogue, l’alcool ou encore les jeux d’argent.

En quoi notre intimité est-elle affectée?

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Si vous êtes un homme vous connaissez très bien ce que l’on appelle la période réfractaire, non je ne me prends pas pour votre encyclopédie en ligne préférée mais j’aime mettre des mots sur les choses. Il s’agit du temps de récupération de votre corps avant de pouvoir ressentir de l’excitation sexuelle à  nouveau et repartir pour un coup!

J’imagine déjà les commentaires de certains qui rétorqueraient immédiatement qu’ils n’ont besoin que de quelques minutes, secondes, voire qu’ils ont des orgasmes multiples, oups non celui là est réservé aux femmes! Non sérieusement, en fait c’est vraiment très différent selon les hommes parce que l’âge, l’activité physique et le métabolisme entrent en jeu.

Du coup, regarder un porno et se masturber jusqu’à éjaculation, entraîne une période de vide sexuel, et pour les partenaires qui voudraient bien profiter de leur homme pendant cette phase et ben ça peut poser problème!

Puisqu’on parle de frustration… certains avouent que s’ils n’ont pas eu leur dose de porno, ou pire, qu’ils ont commencé à en regarder mais n’ont pas eu le temps de finir ou ont été interrompus, ils connaissent alors une frustration qui se ressent dans le comportement et qui peut être la cause de disputes, manque de concentration au travail, etc…

Un autre problème qui peut survenir est la perte de confiance en soi. Et oui qui dit porno dit gros pénis, pour rester correct, gros seins, corps superbes et tout le bordel. Malheureusement certains se sentent moins « hommes », moins « performants » car ils n’arrivent pas à faire crier ou gémir leur femme comme dans les films. Encore pire ils ressentent moins de désir pour leur partenaire réelle comparé aux actrices. L’image de la femme peut aussi être ternie à terme.

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Dernier point à souligner, qui peut sembler ridicule mais quand on y pense prend tout se sens, c’est le temps!

Un important site porno a publié récemment (2016) les résultats d’un sondage qu’il a mené sur la consommation de porno, de partout dans le monde!                                          En France nous nous sommes masturbés jusqu’à atteindre la 6ème place ! Qui a dit que les français n’en branlaient pas une?

Avec un temps moyen de visionnage quotidien de 9 minutes et 17 secondes, ça fait un peu plus de 5h par mois. Il s’agit d’une moyenne calculé sur l’année en question, 2016 lors de la rédaction de l’article, et sur ce seul site, donc on peut facilement revoir ces chiffres à la hausse.

Evidemment nous ne sommes pas tous égaux, pour certains, c’est beaucoup moins, d’autres bien plus et quelques malheureux pour qui ce même chiffre représente leur consommation hebdomadaire!

Je vous invite à y jeter un coup d’œil par vous même : les résultats concernant la France et le monde.

Et pour les cinéphiles, je vous conseille le film « Shame« , avec Michael Fassbender qui aborde la question d’addiction sexuelle.

Et le plaisir dans tout ça ?

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Heureusement, le porno n’a pas que des défauts, il a des bons côtés si on le prend comme il est, c’est-à-dire un film! Même beaucoup de pornos dits « amateurs » sont mis en scènes donc il ne faut pas s’attendre à exactement la même chose de la réalité.

Mais ça peut être une bonne source d’inspiration pour pimenter, alimenter sa vie de couple. Pour peu qu’on le regarde avec son/sa partenaire ça peut vite être chaud et faire bénéficier ainsi d’une communication plus libre sur la sexualité. Ainsi, certains pourraient aborder plus facilement des sujet plus délicats, comme les pratiques plus taboues mais très excitantes. Aborder ensemble ses envies et désirs en toute confiance est une source de renouvellement et d’épanouissement du couple.

Quand on est dans une relation, on peut voir ça aussi comme du grignotage entre les repas, mais comme nous le rappelle un certain slogan contre l’obésité, il faut pas en abuser.

N’oublions pas que le porno ne sont pas seulement des vidéos ou photos, mais aussi des livres et audioslivre_cadeau

Ces derniers ainsi que le porno « soft » ou « féminin », plaisent beaucoup plus aux femmes, et tout comme pour les hommes augmentent l’appétit sexuel.

Donc les mecs, pour la prochaine Saint Valentin, offrez lui un livre coquin, le jeu en vaut la chandelle!

 

Diminuer sa consommation de porno, pas si dur en fait !

Déjà il faut admettre que l’on a un problème avec le porno avant d’essayer de le résoudre. Comme toute addiction il faut en être conscient et vouloir s’en sortir sinon personne ne va faire les choses à notre place.

Même si l’on n’est pas « dépendant » du porno on peut appliquer ces quelques conseils pour diminuer sa consommation si l’on en ressent le besoin.

En parler : que ce soit a un ami proche ou votre chéri(e), en parler peut agir comme une libération, diminuant ainsi la tension qu’il peut y avoir chez certaines personnes pour lesquelles c’est tabou le fait de regarder du porno, ou d’admettre une consommation abusive.

Se trouver une autre source de plaisir c’est un moyen efficace pour éviter de rester dans l’engrenage du « boulot porno dodo ». Vous pouvez sûrement remplacer le temps passé à regarder du X à vous consacrer à une autre activité qui a les mêmes vertus, par exemple le sport : ça relaxe, ça fait plaisir, aide à dormir et en plus donne une meilleure satisfaction et estime de soi en mouillant sa serviette plutôt que son mouchoir…

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Relever le défi d’abstinence peut être un bon moyen aussi, surtout pour les personnes en couple, d’augmenter son désir sexuel pour en profiter au mieux avec sa moitié plutôt que seul devant son écran. Comme abordé précédemment,  la période réfractaire nous oblige physiologiquement à faire une pause, donc pourquoi ne pas profiter pour bien se remettre d’aplomb et être à fond pour sa/son partenaire?

Essayer au début un ou deux jours, puis augmenter, ça peut être un jeu amusant surtout parce que l’orgasme au bout de plusieurs jours d’abstinence est plus fort!

Enfin, essayer de laisser aussi votre imagination travailler pour se donner du plaisir. Tout simplement au lieu de regarder un film, lisez par exemple le livre coquin que vous avez offert à madame, ou imaginez vous quelque chose d’excitant, et vous verrez que ça marche aussi, et probablement mieux que le porno. Il ne faut pas culpabiliser parce qu’on se fait du bien!

Et pour ceux qui sont curieux, il existe plusieurs sites dédiés à aider les personnes qui sont dépendantes au porno, créés par d’anciens dépendants parmi lesquels il y a Stopporn.fr ainsi que pornodependance.com.

Un petit mot pour finir

Un sujet comme le porno est trop vaste pour être couvert en un seul article. Il y a tellement d’aspects différents, notamment le métier à proprement parler ainsi que toute l’industrie sont aussi des sujets intéressants à découvrir un jour.

Je ne pense pas qu’il faille stigmatiser ou bannir le porno de nos vies, moi-même j’en regarde, et comme pour beaucoup de choses il y a du bon et du mauvais. Il faut seulement être conscient des dérives qu’une surconsommation peut entraîner pour ne pas entrer dans une spirale de dépendance et au contraire s’en servir comme source d’inspiration pour entretenir ou pimenter sa vie sexuelle.

 

Références :

 1 Les pratiques et les usages des Français en matière de pornographie, Ifop, 14/04/2014
 2 Pornography  Viewing : Keep calm and carry on, The journal of Sexual Medecine, 03/2017
 3 Viewers of pornography have a smaller reward system, Institut Max Planck, 02/06/2014
 4 Brain Structure and Functional Connectivity Associated With Pornography Consumption, The Jama Network, 2014

 

 

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Thème : Baskerville 2 par Anders Noren.

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