« Misérables frotteurs » : quand une chronique de Libération défend les frotteurs, nous décidons de réagir…

Nous avons souhaité réagir à une chronique publiée sur le site de liberation.fr la semaine dernière, le 25 mai 2018, au sujet des frotteurs, qui nous a particulièrement dérangée.
Nous avons découvert cet article grâce à un tweet de Descullotées, un site web qui parle de sexualité de façon décomplexée (que nous vous recommandons au passage). Merci à ce blog en tout cas d’avoir réagi à cet article sur Twitter. Nous réagissons à notre tour. 

En résumé, à l’occasion de l’entrée du mot « frotteurs » dans le dictionnaire Le Robert, Marcela Iacub, journaliste connue pour ses idées controversées, décide dans sa chronique de s’intéresser à ces individus « qui recherche[nt] les contacts érotiques en profitant de la promiscuité dans les transports en commun ». En gros, c’est le type qui frotte son sexe contre ton cul dans le tram ou le métro aux heures de pointe…

Sauf qu’à lire l’article, l’impact du « frotteurisme » sur ses victimes est minime et l’auteur demande en quelque sorte d’être plus compréhensif à l’égard de ces « misérables frotteurs ».

En lisant cet article, que vous trouverez ici, nous avons d’abord cru à une blague, ou de l’humour noir. Et pourtant, non. C’est bien le site de Libération qui le publie, et ça n’a rien d’une blague.

Voici ce qui nous a choqué.

1. L’auteure affirme que le frotteurisme n’est pas traumatisant pour ses victimes

« Pourtant, les dégâts qu’ils provoquent ne sont pas comparables à ceux des autres agresseurs sexuels. »

« Le frotteur ne traumatise pas comme un violeur, il n’humilie pas comme un harceleur, il importune tel un moustique ou un moucheron. »

Certes, il ne s’agit pas d’un viol. On est d’accord sur ce point. En revanche, il s’agit d’une agression sexuelle.
Au cas où, voici un rappel de ce que la loi définit comme agression sexuelle dans le code pénal « un acte à caractère sexuel sans pénétration ommis sur la personne d’autrui, par violence, contrainte, menace ou surprise ».
Les caresses et attouchements sans consentement sont des agressions sexuelles. Et en ce sens, le frotteurisme en est une. Imaginez un individu qui frotte son sexe contre vous, contre votre cul. Dans le fond, il vous impose le contact avec son sexe sans votre consentement. Ce n’est pas traumatisant, vraiment ?
Je connais malheureusement beaucoup trop de personnes (dont moi) qui ont été traumatisées par ce type d’agissements.
C’est un comble, l’image utilisée pour illustrer cet article représente la ligne 13 du métro parisien aux heures de pointes. Cette ligne, je la prenais tous les jours pendant un an pour aller travailler. Et tous les matins, je me sentais mal à l’aise ou apeurée lorsque nous étions tous serrés, non pas simplement comme toute personne qui peut être mal à l’aise à cause de la promiscuité mais bien parce qu’il y a régulièrement des frotteurs qui en profitent. J’ai connu quelques expériences de ce type et je peux dire que j’en suis restée marquée puisque mon corps se crispe de peur à l’idée que cela se reproduise quand je prends un transport en commun aux heures de pointe.

Euh, du coup, je préfère être importunée par un moucheron et me faire piquer par des moustiques que de croiser un frotteur. Et en fait, c’est normal, puisque le frotteurisme est une agression sexuelle.

2. L’auteure affirme que l’agresseur est stigmatisé et pointé du doigt et que les victimes sont défendues

« Lorsqu’il est découvert, il est traité comme un rat que l’on trouve dans une pièce censée être propre. On l’engueule, on le chasse, on le pointe du doigt »

« La victime ne se sent pas effrayée comme dans les autres agressions sexuelles car elle est entourée de plein de monde prêt à la secourir »

Euh… alors là… Comment dire ? Je crois que je ne vis malheureusement pas dans le même monde que l’auteure. 

Déjà, dans le monde dans lequel je vis et dans lequel vivent la plupart des personnes qui ont connu ce traumatisme, lorsqu’on est victime de frotteurisme, on a parfois du mal à identifier la personne qui se frotte contre nous avec certitude (ben oui, le principe c’est que le frotteur agit quand il y a foule autour justement pour ne pas être trop flag…). Donc en gros, on devient parano, on regarde les gens autour de soi, on se doute souvent de qui est l’agresseur mais on ne peut pas le remettre à sa place sans risquer de s’en prendre à un « innocent ». Et c’est peut être aussi ce qu’il y a de très gênant dans cette situation. On est agressé sans forcément pouvoir réagir.

Ensuite, je crois qu’on ne vit pas dans le même monde puisque dans le monde dans lequel je vis, des femmes peuvent se faire violer dans le RER sans que personne ne réagisse. Donc je vous laisse imaginer, il y a vraiment des gens qui réagissent en cas de frotteurisme, sérieux ? Alors que la personne qui en est victime a du mal à le démasquer, les autres usagers pourraient être plus alertes et avoir le courage de dire quelque chose ?  Je ne doute pas que dans quelques rares cas cela puisse arriver et et que le frotteur soit insulté et pointé du doigt, mais sérieusement, on n’est pas dans la majorité des cas là… Un acte de frotteurisme, c’est quasi impossible à prouver.

3. L’auteure affirme qu’on devrait être plus tolérants envers les frotteurs.

Là, on atteint des sommets :

« Si notre société était plus tolérante envers ces déviances, les personnes qui en sont victimes accepteraient de se faire traiter pour trouver des plaisirs de substitution et ainsi éviter de nuire aux autres. »

« Il est étrange que notre société, pourtant si obsédée par la moindre discrimination, ne puisse pas comprendre le malheur de ceux qui, ne choisissant pas leurs désirs, sont considérés comme «anormaux». »

« L’intolérance actuelle pousse en fait ces mêmes personnes vers une terrible alternative : soit elles se résignent à ne pas éprouver de plaisirs sexuels, soit elles risquent la prison. »

« il est possible que nous commencions à être plus sensibles à la tragédie de ces êtres. »

Snif… En fait,on devrait pleurer pour ces pauvres frotteurs qui sont des victimes. On est trop durs avec eux, après tout, il faudrait les comprendre non ? On est intolérants. C’est pas leur faute, ils sont victimes de leurs pulsions.

Pour être tout à fait intellectuellement honnête, je vais tenter de résumer la pensée de l’auteure. Elle affirme que le frotteurisme n’est pas simplement un comportement macho mais un véritable trouble. Que les frotteurs n’ont pas « choisi » d’être frotteurs mais qu’ils sont eux-même victimes de ce trouble.
Sur ce point là, nous ne sommes pas psy ou médecin pour pouvoir répondre ou non à cette question et nous acceptons de pouvoir concevoir qu’éventuellement, il s’agisse d’un trouble psychologique dont le frotteur lui-même pourrait souffrir, mais on n’exclut pas non plus que ce soit simplement du machisme. Nous sommes également d’accord sur le fait que si des personnes souffrent d’un tel trouble, elles gagneraient à être suivies et trouver des solutions afin de ne plus en souffrir et donc ne plus faire de dégâts.

Mais en quoi cela devrait-il nous rendre plus tolérant envers ces personnes, jusqu’à inverser les rôles et faire d’eux les victimes ? A la rigueur, si l’article n’avait porté que sur le fait que les frotteurs soient victimes de leurs pulsions et aient besoin d’un accompagnement… Si l’article avait simplement tenté de décrypter ce phénomène, pourquoi pas. Mais on ne peut pas après avoir autant minimisé l’impact sur les victimes présenter les agresseurs comme les victimes. C’est injuste et dangereux.

Beaucoup de gens qui commettent des délits voire des crimes agissent à cause de troubles psychologiques ou de pulsions. Ils méritent tout aussi d’être soignés, mais cela ne veut en rien dire qu’on devrait être tolérants envers de tels actes.
Si on extrapole ce type de raisonnements, on pourrait aller plus loin et se dire qu’au final, tous les agresseurs sexuels agissent car ils ont des problèmes psy ou des pulsions incontrôlées.

On peut chercher des explications pour tous les actes. On pourrait aller plus loin en parlant des criminels (sexuels ou pas). Oui, il est important pour une société de chercher à comprendre les phénomène qui peuvent pousser à la violence et à l’agression. Oui, il est important pour une société de traiter ses « malades ». Mais avant tout, il important pour une société de reconnaître ses « victimes » d’agressions. Et cela doit passer non pas par la tolérance envers les agresseurs mais au contraire bien par une intransigeance envers tout acte d’agression. Et la punition des coupables, ce qui n’est pas gagné puisque encore aujourd’hui en France, les victimes sont trop mal défendues et les agresseurs trop peu souvent punis.

4. Un média tel que Libération peut-il publier de tels propos ?

Après la lecture et l’analyse de cet article, je me suis posée la question suivante : un journal tel que Libération peut-il publier ce type de propos ? A l’heure de la sensibilisation sur les violences et agressions sexuelles, a t-on le droit de diffuser un article qui minimise un type d’agression sexuelle ? N’y a t-il pas un risque à dire qu’au final, cette agression n’est pas si grave ? N’ a t-il pas un risque que les victimes se taisent un peu plus ?

Je pose la question de façon ouverte. J’ai tendance à être plutôt pour la liberté d’expression. Et c’est pour ça que je m’empare de la mienne pour répondre à cet article qui me semble dangereux.

Nb: nous sommes deux à maintenir ce blog, un couple avec un homme et une femme. C’est ici la femme qui a rédigé l’article mais le point de vue est partagé par nous deux

Un commentaire sur “« Misérables frotteurs » : quand une chronique de Libération défend les frotteurs, nous décidons de réagir…

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  1. Merci d’avoir partagé cet article. L’agresseur qui devient victime et les victimes, dont le traumatisme est relégué en arrière plan. Attention danger!
    La liberté d’expression a ses limites…

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